Nos Bébé trop tôt à l'école ?

La maternelle........

 

LA MATERNELLE AVANT 3 ANS


Nos bébés trop tôt à l'école ?


Régulièrement, le sujet revient à la une en France : 2 ans, n'est-ce pas trop tôt pour entrer à l'école ? Chez nous, l'âge d'entrée en maternelle est de 2 ans et demi, mais un livre relance la polémique : des spécialistes affirment qu'avant 3 ans, les enfants ne sont pas prêts à affronter l'école, en tout cas de la manière dont elle est organisée actuellement... CARINE MAILLARD


Préfacé par Boris Cyrulnik, l'un des psychiatres les plus médiatiques du moment, ce livre basé sur une réalité française - où les enfants peuvent entrer à l'école dès 2 ans - peut poser question chez nous. Car les auteurs de cet ouvrage collectif considèrent que l'enfant de moins de 3 ans a encore un chemin à accomplir dans son développement avant d'affronter une école qui n'est pas conçue pour l'y aider.


Encore en construction

D'abord parce qu'avant 3 ans, il n'a pas encore terminé sont individualisation : « C'est avec le ‘Je' que l'enfant va pouvoir commencer à assumer pleinement sa subjectivité, à s'identifier aux autres, à organiser des jeux en petits groupes où se distribuent des rôles de manière plus riche et stable et où les problèmes de territoire sont beaucoup mieux gérés », défend Geneviève Haag, pédopsychiatre et psychanalyste.

Avant ce passage, l'enfant traverse une période de « crise d'opposition », qui se traduit par de l'agitation, de l'agressivité, des colères et le « non » systématique. Pour être canalisé et rassuré, il a donc besoin d'adultes attentifs, compréhensifs qui vont également veiller à résoudre les conflits. Ce rôle revient aux parents, mais aussi aux autres adultes chargés de l'éducation de l'enfant, et donc aux enseignants. Difficile, si ceux-ci ne travaillent pas dans des conditions optimales, si les classes sont surpeuplées... « En l'absence de secours nécessaire, les enfants ne peuvent, selon leurs dispositions de base, que s'inhiber, se passiver, appauvrir leurs explorations spontanées, se sentir trop seuls, voire désespérés, ou bien se durcir dans des conduites agressives, manier le défi, ou la sournoiserie, tout se qui va vers ce qu'on appelle des ‘défenses de caractère', voire la loi de la jungle ».

Carences langagières

Alain Bentolila, linguiste à la Sorbonne et spécialiste de l'apprentissage du langage chez les très jeunes enfants, émet pour sa part, des doutes sur le « destin linguistique » des enfants mis trop tôt à l'école : « Pour avancer sur le chemin de la maîtrise du langage, un enfant a absolument besoin qu'un adulte lui fasse progressivement découvrir ce que parler veut dire et comment s'approprier les outils du langage. Bienveillant et exigeant, le médiateur adulte analysera les échecs et les impasses et les transformera en conquêtes nouvelles. Il fournira peu à peu les moyens linguistiques nécessaires (vocabulaire, syntaxe...) pour que le jeune enfant puisse élargir le cercle des gens à qui il s'adresse et le cercle des choses à dire. Or ces jeunes enfants, groupés à trente avec un adulte qui pare au plus pressé de leurs besoins élémentaires, sont condamnés à apprendre à parler avec leurs pairs. » Ce qui crée l'insécurité linguistique, surtout si l'accompagnement de l'adulte n'est pas non plus une réalité à la maison...


Le respect du rythme de l'enfant

Hubert Montagner, directeur de recherche à l'Inserm, est aussi spécialiste dans le développement et les rythmes des très jeunes enfants. Il soulève le problème de ceux qui ont besoin de la sieste matinale, besoin qui s'estompe généralement vers 3 ans : « Faute de locaux suffisamment vastes et d'espaces aménagés, la petite section de l'école maternelle peut rarement organiser autour de 9 heures un temps de sieste pour les dormeurs habituels de 2 à 3 ans dont le rythme ultradien comporte encore deux épisodes de sommeil diurne, ou pour les dormeurs occasionnels qui ne sont pas encore passés régulièrement de deux siestes à une seule. »

Parfois même, la sieste de l'après-midi passe à la trappe, faute de place ou de lits, avec un ralentissement sur le développement personnel et social de l'enfant. Il souligne aussi l'importance de disposer dans les classes de l'équipement nécessaire pour le développement psychomoteur et d'appropriation de l'espace de l'enfant de 2-3 ans, comme on le retrouve dans les crèches aménagées. Ce qui est, il faut bien l'avouer, rare... Leurs conclusions valent pour la Belgique : évitons de faire entrer les enfants trop tôt à l'école, mais surtout, jusqu'à 3 ans, faisons en sorte qu'ils puissent être encadrés par un personnel suffisant (1 enseignant ou puéricultrice par 8 enfants maximum), et correctement formé... Le tout dans un environnement adapté. Une utopie ?

Et chez nous ?

Légalement, l'accueil des petits peut se prolonger jusque 6 ans chez les accueillantes et dans les MCAE (maisons communales d'Accueil de l'Enfance). En pratique, peu d'enfants restent en crèche jusqu'à leurs 3 ans. Généralement la ‘gratuité' de l'école constitue un attrait pour les parents et les milieux d'accueil sont tenus de respecter leur décision. Certains enfants y restent plus longtemps, de manière à éviter de devoir trouver des solutions de garde durant les vacances d'été », explique Laurence Marchal, Conseillère pédagogique à l'ONE.

Tout est relatif

Mais quand décide-t-on que l'enfant peut entrer en maternelle ? « L'âge de l'enfant est un critère relatif, parce que l'évolution de chacun d'entre eux est très personnelle. On entend dire par les parents ou par certains milieux d'accueil que l'enfant est ‘prêt'... Cela n'a aucune signification car beaucoup d'éléments entrent en ligne de compte : comment l'enfant se comporte avec les autres enfants, la taille de l'école qu'il va intégrer, comment elle est structurée, les ressources personnelles de l'enfant, etc. »

Laurence Marchal considère donc que la réponse est à trouver par les parents avec l'aide des puéricultrices ou accueillantes et l'école, afin d'assurer une continuité dans la prise en charge de l'enfant. « Il est important qu'ils étudient ensemble les ‘ressources' dont l'enfant dispose par rapport aux conditions d'accueil de l'école choisie par ses parents. Il ne faut pas se limiter à voir si l'école exige que l'enfant soit ‘propre' ou qu'il puisse faire la sieste, mais aussi demander combien d'enfants seront dans sa classe, si les ‘grands' sont séparés des ‘petits', quelles sont les activités, combien d'institutrices les encadrent, si l'espace est suffisant et le matériel adapté, comment l'enfant est encadré à la maison, quelle est sa place dans la famille, etc. De plus en plus d'écoles acceptent également que les parents accompagnés de leur enfant viennent passer une heure en classe : cela permet à l'enfant de se familiariser petit à petit, de rencontrer l'enseignant avec son parent. »

Un sous-encadrement

Laurence Marchal adhère aux exigences des experts français : « Il est vrai que se pose aussi chez nous le problème d'encadrement : il n'est pas rare de voir des classes d'accueil fréquentées par 25 enfants sous le contrôle d'une institutrice et d'une puéricultrice, dans le meilleur des cas... Ca change de l'encadrement de la crèche qui prévoit 1 adulte pour 7 enfants... Il est de la responsabilité de l'école de mettre en place les conditions d'un accueil qui tient compte des besoins des plus jeunes enfants : cela se traduit notamment dans l'aménagement des espaces, la possibilité de réaliser des activités en petits groupes, de faire la sieste ou de s'isoler à certains moments, le renforcement de l'encadrement. Les écoles doivent mieux gérer le fait que l'entrée de groupes d'enfants se produit à différents moments de l'année en classe de 1ère maternelle par exemple, en affectant prioritairement les moyens humains à cette classe. Le ‘groupe classe' se remodèle régulièrement, mais le problème est que la possibilité d'engager une puéricultrice n'est pas immédiate : elle est reportée à des moments déterminés dans l'année.


 

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